C’est peut-être un défaut, du moins, pas encore une qualité.
J’écris mes romans comme on écrit un film. J’écris tout plein de détails :
comment mon héroïne tient sa tasse de thé ; comment, lorsqu’elle est
distraite, penche sa tête vers le côté ; quels sont ses tics et ses
manies, etc. Lorsqu’un personnage prend une tasse, je veux lire qu’il l’a
reposé avant de se tourner vers son ordinateur. C’est excessif, certes, mais
parfois j’ai l’impression en lisant qu’un personnage ne pose jamais sa tasse,
prend un stylo, pianote sur son ordinateur, tout à la fois. (Je ne donne pas
cher de l’ordinateur.)
Pour un roman, j’admets que c’est exagéré même si je me
retiens, mais lorsque je réfléchis à une histoire, je fais un film dans ma
tête. Je vois les pauses, je vois le décor, je vois les mouvements, j’écoute la
musique… Dans mon esprit, je vois les transitions et il y a même ces scènes
poético-lyriques qui ne sont pas indispensables mais qui font
« joli ». Quand je veux que mon héroïne se tienne d’une certaine
façon, c’est que si on me demande une illustration, je saurais exactement
comment faire. C’est une de mes façons de connaître mes personnages.
Je n’écris pas toujours de cette façon, à chaque
nouveau roman je change quelque chose. Par exemple tout ce qu’on sait sur
Melanie, on ne le connaît pas pour Romane. Les gestes du quotidien ne sont pas
toujours intéressants pour certains alors il me faut trouver le juste milieu.
Mais quand je serai célèbre et traduite dans 1 500 langues
et que mes livres seront adaptés au cinéma, ces détails pourraient faire la
différence.
(Allez. Rêvons d’une prochaine réincarnation…)
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