[Lecture libre] Mon fils, (nouvelle)

Nouvelle écrite pour le Photsoc, Festival international de la photographie sociale de Sarcelles, en 2012, sur une photographie de Bénédite Topuz.

Ma vie n’a pas changé à ta naissance. Elle a changé lorsque ce signe positif s’est affiché sur le test de grossesse, elle a changé lorsque les analyses de mon sang ont confirmé mon état, ta venue. Pendant des mois, tout mon amour, toutes mes pensées et toute mon énergie étaient dirigées vers toi. Mon fils.
Le jour où le médecin a diagnostiqué ta trisomie, mes yeux se sont remplis de larmes, mon cœur s’est brisé comme du verre. J’ai eu peur. Tellement peur. Pas un moment je n’ai cessé de t’aimer, pas un instant je n’ai cessé de penser à toi. Mais j’ai eu peur pour toi. Comment grandirais-tu ? Est-ce que tes petits camarades à la maternelle seraient gentils avec toi ? Comment pourrais-je t’aider à avancer dans la vie ?
Aujourd’hui, j’ai ces réponses.
Tu es grand, maintenant, tu veux être indépendant. Ce n’est pas facile tous les jours, tu pleures parfois. Ils ont peur de ceux qui ne leur ressemblent pas, ils ne font pas d’efforts. Ils te disent que tu es différent, ne te donnent aucune chance de t’exprimer. Ils te regardent comme un enfant sans te laisser la chance de leur montrer que tu es plus que ta différence. Même à 40 ans, pour eux, tu seras toujours un enfant. Ils croient que tu ne pourras rien accomplir, ignorent ce que tu vaux. Ils te disent beaucoup de choses, elles ne sont pas toutes agréables. Tu as mal, tu ne comprends pas pourquoi on est aussi dur envers toi. N’es-tu pas comme les autres ? T’aurions-nous menti ?
Non.
Tu es un enfant, certes, mais mon enfant à moi. Ce qu’ils ne savent pas, mon fils, c’est que tu es un homme comme tous les autres, avec des rêves, des projets, des réalisations. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que tu peux tout faire. Tu peux aller loin. Et tu iras loin. Je ne laisserai personne te rabaisser, te faire croire que tu n’es pas capable. Les obstacles se trouvent dans leur esprit étroit. Non dans le tien. Tu as le monde à tes pieds. Le ciel est ta limite.
Tu seras qui tu voudras, mon fils.

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