12 février 2018

📍 Plaidoyer pour un héros banal

« Ça ne me fait pas rêver. »
« Ç'aurait été mieux si... »
« Je ne peux pas fantasmer sur quelqu'un comme ça... »


Quand on décide de s'éloigner des Christian Grey de ce bas monde, on provoque deux sortes de réactions : soit les lectrices sont ravies de lire autre chose, soit elles détestent. Et quand elles détestent, ça me touche, non pas pour moi, mais pour tous ces personnages (les miens ou ceux des autres) qui n'ont pas la côte.


LE PLAY-BOY, TOUJOURS TENDANCE

Peu importent les tendances en romance, il y a un héros intemporel, celui qui existait déjà dans les années 1970 et qui est toujours aussi populaire : le milliardaire. Ce n'est pas n'importe quel milliardaire (d'ailleurs, est-ce que millionnaire n'est pas suffisant ?) : il est blanc, majoritairement américain, beau, charismatique, séducteur (dieu du sexe), mystérieux. C'est James Bond version Yankee sans le gilet pare-balles et le martini (quoique).
Quand on lit un roman, on veut s'évader, bien sûr. On aimerait, le temps de sa lecture, avoir le monde à nos pieds et vivre dans un monde fait d'amour et d'eau fraîche, où on n'a ni problème d'argent ni maladies. Le milliardaire beau gosse est l'ensemble de tous ces rêves et de ces fantasmes.

J'ai moi-même dans mon répertoire des richissimes beaux gosses et je les aime à mort au point de me réveiller parfois avec l'envie de les relire. 
Saffron dans Aujourd'hui ne se termine jamais, par exemple, vit dans un penthouse à Manhattan. Cliché ? 
(Je ne suis pas indifférente au charme d'un héros de ce genre, je ne suis qu'humaine, les gens !)
(Mais s'il est américain, il n'est ni blanc ni noceur, et pour cause...)
(Je sauve les meubles ou pas ?)
Zacharie de Place Vendôme en hiver, est l'héritier du leader mondial du luxe.
Cliché² ?
(Il est français.)
(Je sauve les meubles ou pas ² ?)

Je ne vais donc pas écrire un pamphlet contre eux, ce n'est pas le but de la manœuvre et c'est assez peu productif, à mon avis, parce qu'il y a de la place pour tous les goûts, toutes les envies. Après tout, quand je plonge dans les romances de Lisa Kleypas ou Eloisa James, c'est rarement pour leurs personnages indigents (hint : il n'y en a pas).

Je vais juste écrire un plaidoyer pour tous les autres. 

Et aimer les deux, le play-boy et le voisin d'à côté, n'est pas contradictoire.


TOUS LES AUTRES

Le play-boy milliardaire occupe tellement le paysage qu'il laisse très peu de place aux autres types de personnages.


1. CEUX QUI GAGNENT UN SALAIRE « NORMAL »

Quoi ? On ne peut pas être romantique avec trois bouts de ficelle ? Et l'imagination, dans tout ça ?
C'est très pratique d'avoir une carte bancaire platine ou noire au plafond illimité, très tentant même, mais je suis sûre qu'on n'a besoin de gagner un salaire à plus de quatre zéros pour offrir un massage à la leur des bougies ou un dîner aux chandelles ou un pique-nique dans les champs...
Tout le monde ne peut pas s'offrir une escapade en jet privé.

(À moins de s'appeler Saffron, donc.)


2. CEUX QUI NE SONT PAS BLANCS

Ce n'est pas compliqué de rendre ses héros plus sombres de peau ou de brider leurs yeux, ou de leur donner une goutte de sang d'ailleurs...
Saffron est tout ça à la fois, mais je te jure que je n'ai pas écrit cet article pour ses (très) beaux yeux.

J'ai déjà écrit à ce sujet dans Comment ajouter de la diversité dans ses romans.


3. CEUX QUI NE SONT PAS AMÉRICAINS

Les États-Unis font rêver pour leur immensité, pour la possibilité de réaliser ses rêves, mais il y a 192 autres pays dans le monde. Voyager est permis (malgré les difficultés croissantes à obtenir des visas, ahem).

Commentaire à propos du Temps volé de Chloé Duval :

« Mais les côtes bretonnes ne me font pas rêver. »

Commentaire à propos de Rendez-vous à Pigalle, également de Chloé Duval :

« Le métro à Paris, beurk ! »

Et dire que les Américains adorent les côtes bretonnes et que c'est d'ailleurs cette touche qui a fait que Temps volé soit traduit dans plusieurs langues dont l'anglais !
Nul n'est prophète en son pays, qu'on dit. Je suis sûre que les côtes du Connecticut et le métro new-yorkais n'auraient pas eu le même traitement...

Ce n'est pas obligé de rester en France, non plus. En plus, je ne suis pas française, alors bon... Pourquoi pas la Scandinavie ? La Tanzanie ? Le Chili ? Singapour ?
On peut trouver l'amour partout dans le monde, encore heureux, et y réaliser ses rêves aussi. Ce ne sera peut-être pas aussi speed qu'aux États-Unis (et encore, ça dépend d'où exactement, comme partout...), mais c'est possible, cela arrive même tous les jours.


4. CEUX QUI NE SONT PAS BEAUX

Je ne veux pas dire, mais les « pas si beaux que ça » sont bien plus nombreux que ceux qui sont extrêmement beaux gosses. Cela ne veut pourtant pas dire qu'ils sont dépourvus de charme ! La beauté est dans les yeux de celui qui regarde, et parfois, la beauté physique n'est pas suffisante pour rattraper un crétin (ça, ce n'est que mon avis...).

Roméo, dans Roméo cherche Juliette, est inspiré de Hugh Grant des années 1990 à la belle époque des comédies romantiques comme Notting Hill ou Quatre mariages et un enterrement. Je ne l'ai jamais trouvé beau ou charismatique ou même intéressant, mais dans ses films, il prend de la place et nous donne envie de l'aimer. E il n'est absolument pas mon genre !

(Littlejohn et Léon ne sont pas beaux selon les canons habituels, mais ils deviennent extrêmement BG quand on apprend à les connaître. /subjectivité)


5. CEUX QUI SONT DIFFÉRENTS

Un commentaire à propos de La Réelle Hauteur des hommes.

« Quand j'ai découvert le secret de Littlejohn, j'ai abandonné le livre. Ça ne me fait pas rêver du tout ! »

Un commentaire à propos d'un roman de Sara Agnès L. :

« Ça aurait été mieux s'il n'était pas dans un fauteuil roulant. »


6. CEUX QUI SONT PUCEAUX

Je me souviens d'une discussion, à propos de romance justement, où on disait que ça n'existait pas, des puceaux passés les 25 ans, alors que justement si. Mais vu ce genre de réaction, tu m'étonnes que ça ne se crie pas sur tous les toits...
C'est incroyable que dans un monde où on prône la libération du corps et la liberté sexuelle, on ne laisse pas la place à ceux qui, pour x raisons, ne veulent pas avoir des relations sexuelles du tout, qui ont fait vœu de chasteté, qui se réservent pour le mariage, qui attendent le jour parfait, etc. C'est un choix, une décision, et je ne comprends pas pourquoi ce serait risible par rapport au choix de participer volontairement à des orgies.
Il n'y a pas que des filles vierges, il existe également des hommes puceaux, et on ne devrait pas qu'en faire des comédies.


EN RÉSUMÉ

Un/e auteur/e/trice a le droit d'écrire ce qu'il/elle veut, comme il/elle veut. 
La liberté de création est primordiale et cela ne me passerait jamais par la tête d'exiger (lol) que quelqu'un place son histoire là d'où il vient. Ce serait doublement hypocrite, de ma part, non seulement parce que je situe rarement mes affaires en Angola et parce que j'ai des héros qui sont parfois américains / richissimes / BG / playboy / etc. 

(Je suis humaine, etc.)

Ce que je demande c'est juste de donner la chance aux autres auteurs/es/trices, qui nous plongent dans le RER parisien ou dans un chalet au Québec.
Dans l'univers des possibles, il est plus probable de croiser ceux-là plutôt qu'un milliardaire (beau gosse ou pas). On a parfois besoin de lire une histoire qui pourrait nous arriver*. Personnellement, j'adorerais savoir que la personne que je croise dans la rue est en train de vivre une histoire d'amour exceptionnelle. J'aimerais qu'on puisse avoir droit à des histoires superbes tout en étant instit, kiné, travailleur indépendant, blogueur ou chômeur.

Ce n'est pas parce qu'on ne vit pas dans un palace qu'on n'a pas le droit à une vie de rêve.



* Qui pourrait m'arriver théoriquement, hein ? Non, parce que Mr Man ne trouverait pas la blague très drôle, sinon. Lui, je l'ai pêché sur un site de rencontres quand j'étais étudiante et notre histoire a vraiment commencé dans une station de ski dans les Alpes.
Et ça me fait toujours rêver.


12 commentaires:

  1. Je laisse un commentaire parce que j'adore cet article et que j'aurais pu l'écrire mot pour mot! Sérieusement, c'est drôle; je crois qu'on écrit des trucs très différents, mais avec des préoccupations similaires dans le fond.

    Pour moi, cette volonté de représenter des gens ordinaires vient de mon amour profond et de mon émerveillement pour ces mêmes gens ordinaires, pour la réalité qui m'entoure. Je n'ai pas besoin d'imagination pour écrire la beauté; il me suffit de dire la vérité.

    Je me rends compte aussi que je suis en train d'écrire un second héros puceau d'affilée; ce n'était pas fait exprès...

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    1. Merci, Jeanne !

      La vie telle qu'elle est est déjà source de tellement d'émerveillement, tellement riche en ce sens, ce serait dommage de ne se tenir qu'à un seul type de héros, au final !

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  2. 300% avec toi ici. Il faut dire que j'ai une sainte horreur de ces héros blancs/beaux/riches qui ont l'air moulés dans du plastique (marche aussi pour le sexe opposé). Cela suffit en général à ce que je n'ouvre même pas le bouquin... c'est du niveau de l'allergie en ce qui me concerne. J’aime les bras-cassés, les gueules cassées, tous ceux qui ont du mal à coller aux exigences de la société etc... my crowd, quoi. Merci pour tes articles. <3

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    1. Merci à toi de me lire ! ♥

      Comme je disais, je n'ai rien contre ces héros, il se peut même que je passe un très bon moment avec eux, mais j'aimerais avoir de la diversité dans mon choix de lecture. :-)

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  3. Je suis complètement en accord avec toi sur ce sujet ! Et heureusement qu'il n'y a pas que des BG américains milliardaires dans la littérature, comme dans la vraie vie. Qu'est-ce qu'on s'ennuierait sinon !

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    1. Tu l'as dit ! Le bon de la littérature, c'est qu'on peut varier, ce serait dommage, autrement ! :-)

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  4. J'ai lu cet article avec beaucoup d'attention et j'approuve complètement (tu sais à quel point j'ai adoré La réelle hauteur des hommes, justement).
    A force de n'avoir que des clichés sur pattes en guise de héros masculin / love interest, la romance se sclérose.
    Je comprends bien qu'une partie de son lectorat plébiscite ce type de héros et n'en veut pas d'autres, mais j'avoue que je ne le comprendrai jamais ce manque d'ouverture d'esprit (j'ai l'impression que certaines lectrices ont des œillères de la taille d'une mongolfière sous prétexte de "vouloir rêver" : nous ne nourrissons clairement pas les mêmes rêves !).
    Je ne lis presque plus d'histoires romanesques publiées sous l'estampille "romance", justement parce que j'en ai soupé des clichés et que je ne les supporte quasi plus.
    Par contre, je me suis régalée avec de belles histoires d'amour portées par des romans contemporains ou SFFF et là, j'ai pu découvrir des héros / love interest bien plus diversifiés et surtout des relations hommes-femmes qui correspondent plus à ma philosophie (même s'il y a encore un long chemin à parcourir et que c'est un sujet à part entière...) (d'ailleurs, les clichés sur les personnages féminins principaux, on en parle aussi ? ;) ).

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    1. Roanne, merci ! ♥

      Tout me fait rêver, je suis peut-être trop rêveuse au départ, haha !
      Mais c'est vraiment dommage qu'on finisse par associer toujours le même héros à tout un genre...

      L'autre jour je me demandais, d'ailleurs, si les héros ordinaires ne sont pas passés côté « feelgood »...

      C'est prévu, une deuxième partie pour les héroïnes !
      Faut juste que je sache quoi mettre dedans ! XD

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  5. j'approuve et j'ai voulu que la 4ième de couv' de mon premier roman franco-français (100% made in France !) commence par ces phrases :
    Les héros ne sont pas dans les livres, mais dans la vraie vie. C’est votre voisin, votre collègue, la personne assise dans le bus, celle derrière la caisse du supermarché. Les vrais héros sont ceux du quotidien, ceux que nous ne voyons pas, ceux qui ne seront pas dans les journaux, ni dans les livres, sauf si nous nous donnons la peine de les regarder.

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    1. J'approuve ces phrases-là à 100 % !
      Dans mon dernière roman paru, d'ailleurs, mon héroïne est caissière (mon héros kiné). :-)

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  6. Je vais me faire mal à force de taper sur le bouton "j'aime" pour ton article. Il est top et résume très bien un état d'esprit que j'essaye d'insuffler de plus en plus dans mes écrits : nous sommes tous différents et ça devrait se voir entre nos mots. Merci pour ce plaidoyer !

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    1. Merci, Amandine ! ♥

      Nous sommes tous des graines de héros. :-)

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