[Extrait] Au Sorbier des oiseleurs

Juste avant d’arriver au cinquième étage, Ginie s’assit sur les marches et enleva ses bottes. Il était presque 2 heures du matin, le son de ses talons retentissait bien trop bruyamment dans la cage d’escalier et cela ne tromperait en rien sa mère, mais cette dernière ne pourrait pas l’accuser de faire un esclandre. Ses bottes à la main, Ginie monta les dernières marches en courant ; le froid traversait ses bas noirs et elle avait l’impression de marcher sur de la braise. Alors qu’elle tournait la clé dans la serrure en sautillant d’un pied sur l’autre pour éviter d’attraper froid, la porte d’entrée s’ouvrit à la volée. Ginie lâcha le trousseau pour ne pas se blesser et déglutit péniblement.
Pour une entrée discrète, c’est raté.
Enveloppée dans son peignoir turc, sa tresse noire à moitié défaite tombant sur son épaule, Regina la fixait de ses yeux sombres et sévères.

— Où étais-tu passée ? l’interrogea-t-elle d’une voix dure.

Ginie récupéra sa clé et ferma doucement la porte avant de répondre :

— C’est mon anniversaire, maman…
— Est-ce une excuse pour rentrer à cette heure ? s’emporta sa mère. Un lundi ?

Un peu, oui.
Ginie venait de fêter ses vingt-cinq ans. Un quart de siècle ! Elle travaillait sans relâche et n’avait quasiment jamais de congés. Alors n’avait-elle pas le droit de sortir pour faire la fête avec ses amis afin de le célébrer ? Iris ne l’aurait jamais laissé passer la soirée en pyjama , de toute façon : elle lui avait organisé une soirée avec leurs amis, ils avaient mangé et dansé, avant de se retirer à des heures plus ou moins décentes. Après tout, ils travaillaient tous le lendemain. S’il ne tenait qu’à Regina, Ginie ne quitterait la maison que pour son travail et aller à la messe le dimanche, ce qu’elle ne faisait plus depuis un moment, pécheresse qu’elle était.

— Bonne nuit, maman, lâcha Ginie en se dirigeant vers sa chambre.
— Dieu punit les dévergondées, Virginia, la sermonna Regina dans son dos. Nous sommes en plein Carême ! Sans prière et sans rédemption, tu es condamnée !

Ginie n’avait même pas mangé une seule part du magnifique gâteau au chocolat que Cassandra avait commandé au Sorbier des Oiseleurs — leur point de chute gourmand —, le meilleur salon de thé d’Aucelaire, voire même de toute la région parisienne. Ce n’était pourtant pas l’envie qui lui avait manqué !
C’était peut-être ça aussi qui finalement irritait Regina: Ginie était née en plein jeûne. Peu étonnant qu’elle n’eut jamais droit de faire la fête… Regina ne lui avait jamais souhaité un joyeux anniversaire, et même si cela était tombé à un autre moment de l’année, Ginie n’aurait pas mérité un cupcake non plus. Regina ne ferait jamais rien pour inciter à un des sept péchés capitaux. Quand elle était petite, ses grands-parents lui offraient un livre ou une fleur, l’emmenaient pique-niquer avec les petits voisins, sans gâteau ni soda à cause de la période, mais Ginie n’aurait échangé ces moments pour rien au monde. Sauf qu’ils n’étaient plus là…
Ginie saisit la clé qu’elle portait autour du cou pour ouvrir sa chambre où elle s’enferma à double tour et s’adossa un moment contre le battant, lasse, si lasse. La soirée avait été tellement bien, pourtant !

— Je suis déjà condamnée à perpétuité, maman…, murmura-t-elle.

Selon Regina, Ginie ne faisait jamais rien de bien, alors à quoi bon essayer de la convaincre ? Ginie avait cessé d’argumenter et ne l’écoutait plus que d’une oreille.
Elle se dirigea vers la fenêtre en guillotine. Dans l’immeuble en face, Iris attendait avec sa petite amie Léonie, assise à la fenêtre, une jambe dans le vide et une tasse à la main. Même de loin, on ne pouvait pas manquer ses cheveux rouge vif. Ginie remonta la vitre, attirant le regard de ses amies et montra ses pouces vers le haut. ; Iris leva sa tasse en réponse. Elle était entrée, elle était dans sa chambre, saine et sauve, tout allait bien.
Ou pas si mal.
Comme elles travaillaient toutes les trois le lendemain, Ginie ne s’attarda pas. Elle referma la fenêtre, baissa les stores et se changea rapidement avant de se coucher dans son lit étroit. Sa mère priait devant sa porte, comme souvent lorsqu’elle était convaincue que sa fille avait péché. Ginie se laissa bercer par la rengaine. À force, elle ne distinguait plus les mots, elle n’entendait plus que le murmure monotone, aussi efficace qu’un somnifère. Avec un peu de chance, l’homme de sa vie, son prince charmant, celui qu’elle trouvait bien plus souvent dans les romans que dans la rue, viendrait lui rendre visite dans ses rêves…

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