21 mai 2018

📍 [21 mai] Journée mondiale de la diversité culturelle

Quand je vivais en Afrique du Sud, peu de temps après la fin de l'Apartheid, mes cousines et moi sommes tombĂ©es sur un jeune Blanc qui a Ă©tĂ© très surpris de savoir que nous Ă©tions de la mĂŞme famille : 

« Mais vous n'avez pas la mĂŞme couleur ! »

Son normal, héritage d'une politique de ségrégation où les couples mixtes étaient illégaux, était différent du nôtre.
Dans notre famille, les couples mixtes sont légion depuis cinq générations (= 150 ans) et le métissage est comme une grande loterie, dans une même fratrie (la mienne comme des millions d'autres sous les Tropiques), les peaux vont du blanc au noir en passant par tous les camaïeux de beige et marron. Ajouté à cela, j'ai vécu dans différents environnements linguistiques et culturels, et j'avais déjà dix ans lorsque j'ai soudain pris conscience que ce n'était pas le cas de tout le monde.

Ce qu'on appelle « diversitĂ© », j'appelle « normalitĂ© ».

Le multiculturalisme, qu'il soit racial, culturel ou religieux, est un thème toujours prĂ©sent dans mes romans, tous genres confondus, par les personnages, par les dĂ©cors, par la cuisine. Mes hĂ©ros n'ont pas Ă  revendiquer quoi que ce soit, c'est juste qu'ils sont comme ça. 
Comme dans ma réalité.

Le 21 mai est la journĂ©e mondiale de la diversitĂ© culturelle pour le dialogue et le dĂ©veloppement, dĂ©cidĂ©e par l'UNESCO juste après le 11-Septembre pour une raison : la majoritĂ© des conflits modernes sont d'ordre culturel. Ils ont signĂ© une dĂ©claration universelle qui en gros dit que la « diversitĂ© culturelle est aussi vitale que la biodiversitĂ© » et qu'il faut la dĂ©fendre et permettre Ă  toutes les cultures de crĂ©er et diffuser par tous les moyens disponibles. 

C'est peut-être une vision naïve du monde, mais je crois sincèrement que seuls les gens à l'esprit fermé, verrouillé, cadenassé, enchaîné, se considèrent supérieurs pour quelque raison que ce soit (souvent erronée, soit dit en passant).
S'ouvrir au monde, essayer de comprendre la culture de l'autre, l'accepter, la respecter, est faire un pas vers cet autre. Quand nous essayons de nous mettre dans la peau de notre voisin, quand nous crĂ©ons de l'empathie, tout conflit, tout prĂ©jugĂ© vole en Ă©clats. 

(Enfin, une partie de nos préjugés, seulement, nous sommes des êtres à défauts après tout...)

Nous avons tous à apprendre de tout le monde. Il y a des choses qui nous conviennent plus, d'autres moins, certaines choses doivent être corrigées, mais il n'existe pas de culture 100 % mauvaise et il n'existe pas de culture 100 % parfaite.


La diversité n'a jamais été mon champ de bataille, je n'ai jamais cru que je devais en parler ouvertement, préférant laisser mon travail le faire pour moi. J'ai toujours intégré des personnages divers dans mes romans, et quand je dis toujours, je parle de mes tout premiers romans écrits du temps du lycée (j'ai écrit mon premier roman en seconde).
Mais puisqu'il y a eu débat et que j'avais des commentaires éparpillés un peu partout sur les réseaux (cela parlait de représentation et appropriation culturelle et d'autres sujets à la mode), j'ai eu envie de tout synthétiser. Et plus je synthétisais, plus j'avais envie d'en parler.

(Une fois lancée, hein ?)

Parce que je suis « diverse » (ma famille est mĂ©tisse et multiculturelle depuis 5 gĂ©nĂ©rations).
Parce que j'ai vécu dans différents environnements culturels et linguistiques.
Parce que j'ai fait toute ma scolarité avec des gens qui étaient aussi divers que moi.
Parce qu'au fil du temps, mes meilleures amies étaient congolaise, angolaise, anglaise, libanaise, belge, mozambicaine, portugaise, française, sud-africaine, russe, malienne...
Parce que je veux raconter ma normalité, cette normalité qui m'est aussi chère, qu'on cultive dans ma famille et que je cultiverai dans la mienne.
S'il faut Ă©crire sur ce que l'on sait (un des arguments que j'aime le moins !), alors voici ce que je sais !


Dans  Comment ajouter de la diversitĂ© dans ses romans, j'explique que quand j'ai commencĂ© Ă  Ă©crire Aujourd'hui ne se termine jamais, j'avais 17 ans. Mes hĂ©roĂŻnes me sont venues d'origine juive polonaise tout naturellement parce qu'il y avait une grande communautĂ© de Juifs AshkĂ©nazes en Afrique du Sud, oĂą je vivais. De la mĂŞme façon, Mel de La RĂ©elle Hauteur des hommes, est d'origine jamaĂŻcaine parce qu'elle est anglaise et la communautĂ© caribĂ©enne est tout aussi importante en Angleterre.


Protéger la diversité culturelle signifie protéger son patrimoine culturel (et l'UNESCO a tout plein de conventions pour ça).
Contrairement à ce que certains pensent, on ne se protège pas en se renfermant sur soi : on protège notre patrimoine en le partageant, en le faisant connaître. Nous vivons dans une époque globale et connectée, c'est dommage de ne pas se servir des outils qu'on nous donne pour le faire ! On n'a jamais autant voyagé ! Comment peut-on continuer aussi fermé, sinon plus ?
Ayant vĂ©cu diffĂ©rents contextes (j'ai autant Ă©tĂ© l'autochtone que l'Ă©trangère), je suis Ă©galement très critique de la façon dont certaines personnes voyagent. 
Beaucoup adorent connaître de nouveaux pays, mais ne veulent pas se mélanger à la population, s'intégrer, s'adapter. Comme les touristes qui traversent le monde pour n'interagir qu'avec des gens de leurs pays (voire de leur ville !) et mangent des steak-frites parce que c'est comme à la maison. Je ne sais pas, mais c'est cher payé pour un steak.

(Je me souviens d'une émission sur des jeunes Français en Thaïlande qui n'étaient qu'entre Français et mangeaient des kebabs dans le restaurant français du coin parce que, c'est bien l'aventure, mais pas trop.)
(J'ai été la fille qui a mangé des frites au restaurant indien. Je l'ai déjà sermonnée rétroactivement.)

Dans J'ai une ferme en Afrique, qu'elle soit au Kenya n'est qu'un détail, je parle de certains expatriés qui ne vivent que dans leur communauté d'expatriés et ne se mélangent pas avec la population, n'apprennent pas une seule langue du pays, et peuvent vivre des années sans rien avoir appris du tout.
Ă€ quoi bon ? Si on veut rester « entre nous », autant rester chez soi et ne pas traiter les gens qui nous accueillent avec une indiffĂ©rence qui frĂ´le l'irrespect.
Tu ne peux pas venir chez moi et ne pas essayer de communiquer avec moi d'une manière ou d'une autre. Je t'accueille chez moi, parfois je te donne mon lit et je dors par terre, pour que tu te sentes bien, pour que tu apprécies ton séjour, mais tu ne manges pas ce que je te prépare, tu ne veux pas que je te montre comment je vis, tu ne veux pas savoir comment je vais.

Le monde est vaste, les gens ! Le monde est IMMENSE ! Il est global !
Ouvrons nos propres frontières !

(Enfin, si tu veux...)

Bien sûr, pour moi, la diversité, surtout dans mes écrits, ne se limite pas à une question culturelle ou raciale, elle va au-delà, comme la diversité sociale, les différences physiques, les handicaps visibles et invisibles.

Le dossier Pour plus de diversité qui s'étoffera au fil du temps, au gré des discussions que j'aurai ici et là, des commentaires, des questions et... d'autres journées mondiales.
Parce qu'une fois lancée (bis)...

4 commentaires:

  1. Encore un très bel article, et très juste, sur ce sujet ! C'est tellement important, et une telle richesse de partager la culture de tous !

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    RĂ©ponses
    1. Merci ! ♥
      Je me suis dit que c'était le moment idéal pour le rappeler ! :-)

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  2. Si on veut rester « entre nous », autant rester chez soi et ne pas traiter les gens chez qui nous accueillent avec une indiffĂ©rence qui frĂ´le l'irrespect. (Je suppose que le "chez" est en trop.)

    Je me dis aussi qu'on risque de passer à côté de gens super en voulant éviter de rester "entre nous". C'est vrai qu'il faut trouver un équilibre.

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    1. Bien vu, merci ! C'est corrigé. :-)

      C'est vrai qu'il faut trouver l'équilibre, en portugais il y a une expression qui dit "ni tant la mer, ni tant la terre". Je parle vraiment des extrêmes. Si je partais en Asie, je suis sûre que je préférerais me trouver avec des gens que je comprends, mais à choisir, des gens qui sont intégrés dans le pays où je vais, qui m'expliquent la vie.

      J'ai la chance d'avoir de la famille un peu partout où je passe, donc l'immersion, j'aime ça, j'approuve ça. Mais c'est vrai que je ne suis jamais allée en Asie. O:-)

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