📍 [21 mai] JournĂ©e mondiale de la diversitĂ© culturelle

Mel, Léon, Anaëlle, Tito & Ginie, par Aemarielle

Quand je vivais en Afrique du Sud, peu de temps aprĂšs la fin de l'Apartheid, mes cousines et moi sommes tombĂ©es sur un jeune Blanc qui a Ă©tĂ© trĂšs surpris de savoir que nous Ă©tions de la mĂȘme famille : 

« Mais vous n'avez pas la mĂȘme couleur ! »

Son normal, hĂ©ritage d'une politique de sĂ©grĂ©gation oĂč les couples mixtes Ă©taient illĂ©gaux, Ă©tait diffĂ©rent du nĂŽtre.

Dans notre famille, les couples mixtes sont lĂ©gion depuis cinq gĂ©nĂ©rations (= 150 ans) et le mĂ©tissage est comme une grande loterie, dans une mĂȘme fratrie (la mienne comme des millions d'autres sous les Tropiques), les peaux vont du blanc au noir en passant par tous les camaĂŻeux de beige et marron. AjoutĂ© Ă  cela, j'ai vĂ©cu dans diffĂ©rents environnements linguistiques et culturels, et j'avais dĂ©jĂ  dix ans lorsque j'ai soudain pris conscience que ce n'Ă©tait pas le cas de tout le monde.

Ce qu'on appelle « diversitĂ© », j'appelle « normalitĂ© ».

Le multiculturalisme, qu'il soit racial, culturel ou religieux, est un thĂšme toujours prĂ©sent dans mes romans, tous genres confondus, par les personnages, par les dĂ©cors, par la cuisine. Mes hĂ©ros n'ont pas Ă  revendiquer quoi que ce soit, c'est juste qu'ils sont comme ça. 
Comme dans ma réalité.

Le 21 mai est la journĂ©e mondiale de la diversitĂ© culturelle pour le dialogue et le dĂ©veloppement, dĂ©cidĂ©e par l'UNESCO juste aprĂšs le 11-Septembre pour une raison : la majoritĂ© des conflits modernes sont d'ordre culturel. Ils ont signĂ© une dĂ©claration universelle qui en gros dit que la « diversitĂ© culturelle est aussi vitale que la biodiversitĂ© » et qu'il faut la dĂ©fendre et permettre Ă  toutes les cultures de crĂ©er et diffuser par tous les moyens disponibles. 

C'est peut-ĂȘtre une vision naĂŻve du monde, mais je crois sincĂšrement que seuls les gens Ă  l'esprit fermĂ©, verrouillĂ©, cadenassĂ©, enchaĂźnĂ©, se considĂšrent supĂ©rieurs pour quelque raison que ce soit (souvent erronĂ©e, soit dit en passant).
S'ouvrir au monde, essayer de comprendre la culture de l'autre, l'accepter, la respecter, est faire un pas vers cet autre. Quand nous essayons de nous mettre dans la peau de notre voisin, quand nous crĂ©ons de l'empathie, tout conflit, tout prĂ©jugĂ© vole en Ă©clats. 
(Enfin, une partie de nos prĂ©jugĂ©s, seulement, nous sommes des ĂȘtres Ă  dĂ©fauts aprĂšs tout...)
Nous avons tous Ă  apprendre de tout le monde. Il y a des choses qui nous conviennent plus, d'autres moins, certaines choses doivent ĂȘtre corrigĂ©es, mais il n'existe pas de culture 100 % mauvaise et il n'existe pas de culture 100 % parfaite.

La diversité n'a jamais été mon champ de bataille, je n'ai jamais cru que je devais en parler ouvertement, préférant laisser mon travail le faire pour moi. J'ai toujours intégré des personnages divers dans mes romans, et quand je dis toujours, je parle de mes tout premiers romans écrits du temps du lycée (j'ai écrit mon premier roman en seconde).
Mais puisqu'il y a eu débat et que j'avais des commentaires éparpillés un peu partout sur les réseaux (cela parlait de représentation et appropriation culturelle et d'autres sujets à la mode), j'ai eu envie de tout synthétiser.
Et plus je synthétisais, plus j'avais envie d'en parler.
(Une fois lancée, hein ?)
Parce que je suis « diverse » (ma famille est mĂ©tisse et multiculturelle depuis 5 gĂ©nĂ©rations).
Parce que j'ai vécu dans différents environnements culturels et linguistiques.
Parce que j'ai fait toute ma scolarité avec des gens qui étaient aussi divers que moi.
Parce qu'au fil du temps, mes meilleures amies étaient congolaise, angolaise, anglaise, libanaise, belgo-mozambicaine, portugaise, française, luso-française, franco-sud-africaine, russo-malienne...
Parce que je veux raconter ma normalité, cette normalité qui m'est aussi chÚre, qu'on cultive dans ma famille et que je cultiverai dans la mienne.
S'il faut Ă©crire sur ce que l'on sait (un des arguments que j'aime le moins !), alors voici ce que je sais !

Dans Comment ajouter de la diversitĂ© dans ses romans, j'explique que quand j'ai commencĂ© Ă  Ă©crire Aujourd'hui ne se termine jamais, j'avais 17 ans. Mes hĂ©roĂŻnes me sont venues d'origine juive polonaise tout naturellement parce qu'il y avait une grande communautĂ© de Juifs AshkĂ©nazes en Afrique du Sud, oĂč je vivais. De la mĂȘme façon, Mel de La RĂ©elle Hauteur des hommes, est d'origine jamaĂŻcaine parce qu'elle est anglaise et la communautĂ© caribĂ©enne est tout aussi importante en Angleterre.

Protéger la diversité culturelle signifie protéger son patrimoine culturel (et l'UNESCO a tout plein de conventions pour ça).
Contrairement Ă  ce que certains pensent, on ne se protĂšge pas en se renfermant sur soi : on protĂšge notre patrimoine en le partageant, en le faisant connaĂźtre. Nous vivons dans une Ă©poque globale et connectĂ©e, c'est dommage de ne pas se servir des outils qu'on nous donne pour le faire ! On n'a jamais autant voyagĂ© ! Comment peut-on continuer aussi fermĂ©, sinon plus ?
Ayant vĂ©cu diffĂ©rents contextes (j'ai autant Ă©tĂ© l'autochtone que l'Ă©trangĂšre), je suis Ă©galement trĂšs critique de la façon dont certaines personnes voyagent. Beaucoup adorent connaĂźtre de nouveaux pays, mais ne veulent pas se mĂ©langer Ă  la population, s'intĂ©grer, s'adapter. Comme les touristes qui traversent le monde pour n'interagir qu'avec des gens de leurs pays (voire de leur ville !) et mangent des steak-frites parce que c'est comme Ă  la maison. Je ne sais pas pour toi, mais c'est cher payĂ© pour un steak.
(Je me souviens d'une émission sur des jeunes Français en Thaïlande qui n'étaient qu'entre Français et mangeaient des kebabs dans le restaurant français du coin parce que, c'est bien l'aventure, mais pas trop.)
(J'ai été la fille qui a mangé des frites au restaurant indien. Je l'ai déjà sermonnée rétroactivement.)
Dans J'ai une ferme en Afrique, qu'elle soit au Kenya n'est qu'un détail, je parle de certains expatriés qui ne vivent que dans leur communauté d'expatriés et ne se mélangent pas avec la population, n'apprennent pas une seule langue du pays, et peuvent vivre des années sans rien avoir appris du tout.
À quoi bon ? Si on veut rester « entre nous », autant rester chez soi et ne pas traiter les gens qui nous accueillent avec une indiffĂ©rence qui frĂŽle l'irrespect.
Tu ne peux pas venir chez moi et ne pas essayer de communiquer avec moi d'une maniÚre ou d'une autre. Je t'accueille chez moi, parfois je te donne mon lit et je dors par terre, pour que tu te sentes bien, pour que tu apprécies ton séjour, mais tu ne manges pas ce que je te prépare, tu ne veux pas que je te montre comment je vis, tu ne veux pas savoir comment je vais.

Le monde est vaste, les gens ! Le monde est IMMENSE ! Il est global ! Ouvrons nos propres frontiĂšres !
(Enfin, si tu veux...)

Bien sûr, pour moi, la diversité, surtout dans mes écrits, ne se limite pas à une question culturelle ou raciale, elle va au-delà, comme la diversité sociale, les différences physiques, les handicaps visibles et invisibles.
J'en parle plus longuement dans les articles du dossier Pour plus de diversitĂ© qui s'Ă©toffera au fil du temps, au grĂ© des discussions que j'aurai ici et lĂ , des commentaires, des questions et... d'autres journĂ©es mondiales.
Parce qu'une fois lancée (bis)...

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4 commentaires:

  1. Encore un trĂšs bel article, et trĂšs juste, sur ce sujet ! C'est tellement important, et une telle richesse de partager la culture de tous !

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    1. Merci ! ♥
      Je me suis dit que c'était le moment idéal pour le rappeler ! :-)

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  2. Si on veut rester « entre nous », autant rester chez soi et ne pas traiter les gens chez qui nous accueillent avec une indiffĂ©rence qui frĂŽle l'irrespect. (Je suppose que le "chez" est en trop.)

    Je me dis aussi qu'on risque de passer à cÎté de gens super en voulant éviter de rester "entre nous". C'est vrai qu'il faut trouver un équilibre.

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    1. Bien vu, merci ! C'est corrigé. :-)

      C'est vrai qu'il faut trouver l'Ă©quilibre, en portugais il y a une expression qui dit "ni tant la mer, ni tant la terre". Je parle vraiment des extrĂȘmes. Si je partais en Asie, je suis sĂ»re que je prĂ©fĂ©rerais me trouver avec des gens que je comprends, mais Ă  choisir, des gens qui sont intĂ©grĂ©s dans le pays oĂč je vais, qui m'expliquent la vie.

      J'ai la chance d'avoir de la famille un peu partout oĂč je passe, donc l'immersion, j'aime ça, j'approuve ça. Mais c'est vrai que je ne suis jamais allĂ©e en Asie. O:-)

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