Je suis une enfant de la propagande, évidemment que...
De la romance à la romancière
Je suis une enfant de la propagande, évidemment qu’elle fonctionne moins sur moi. ;-)
Je suis née dans la République populaire d’Angola, pays communiste jusqu’en 1992, pays au parti unique (toujours au pouvoir) et au culte de la personnalité assez messianique.
La seule chaîne de télévision ouvrait au milieu de l’après-midi et fermait à minuit avec l’hymne national sous fond de drapeau flottant.
J’ai 43 ans, je n’ai connu que deux présidents, et la télévision populaire est leur tribune.
Aujourd’hui, l’Angola est démocratique (…), mais j’observe le monde avec la même méfiance. L’Occident, ce parangon de la démocratie auto-proclamé, est loin, très loin d’y échapper.
Mais ce n’était pas de politique dont je voulais parler (même si notre seule existence l’est), mais de propagande, et la propagande qui ne fonctionne pas sur moi :
Les livres dont les couvertures présentent des personnages blancs alors qu’ils sont mélanés parce que ce n’est pas bankable.
Les couvertures en VO qui ont des personnages mélanés et qui sont invisibilisés sur les couvertures en VF.
Les romances avec les personnages différents pas mises en avant parce que ça ne se vendra pas de toute façon.
Les romances écrites par des personnes mélanées ne sont pas mises en avant.
Les romancières mélanées qui ne peuvent pas être mises en avant en même temps, parce que le quota est serré.
Les lectrices qui ne lisent pas des histoires avec des personnages mélanés parce qu’elles n’arrivent pas à s’y identifier, alors que les personnes non-blanches ont dû s’identifier à tous les Molière et Zola de l’existence.
Je suis sûre qu’on peut changer la donne.
Je suis sûre qu’on peut diversifier la romance sans prendre la place de qui que ce soit.
Plus de romancières.
Plus de personnages.
Plus d’éditrices.
La modernisation du genre et sa popularité passent par là également.


