Devine ce que j'ai fait le 1er janvier...
Pour 2026, j’ai fait une chose.
J’ai décidé de rendre Il était une fois, le Kalahari, le tome 0 de mon multivers, gratuit de façon permanente.
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Il était une fois, le Kalahari n’est pas une romance. Ce n’est pas un roman, non plus.
C’est une invitation. La porte qui s’ouvre sur un nouveau monde et qui présente sept des huit protagonistes des quatre romans du premier cycle, Promesses du bout du monde (Abbie et Chandra), Renaissance (Lucky et Rodrigo/Queen), Réconciliation (Sabrina) et Un goût de deuxième chance (Indira et John/Gage).
Et cette invitation t’est désormais offerte.
JANVIER
Chandra Jaya
Polathuu, capitale de l’Afrique Australe
« Mesdames et messieurs, nous venons d’atterrir à l’aéroport international de Polathuu. Il est 7 h 30, heure locale, et la température au sol est de 30°C. Nous vous remercions d’avoir choisi Kali Airlines et vous souhaitons un agréable séjour. »
Le signal sonore annonça qu’on pouvait déboucler les ceintures de sécurité ; des passagers se levèrent pour récupérer leurs bagages. Chandra se frotta les yeux. Il avait oublié la durée du voyage : dix heures et demie de Paris à Johannesburg, puis une heure entre Johannesburg et Polathuu, sans compter le temps d’attente dans les aéroports, de plus en plus longs pour des questions de sécurité. Il se souvenait encore d’un temps, pas si lointain, où voyager n’était pas cette source de stress. Il jeta un coup d’œil par le hublot pendant que ses voisins attendaient que les portes s’ouvrent. Au-delà du tarmac, sous le soleil qu’il devinait de braise, la végétation oscillait entre le brun et le vert, comme si les pluies de saison n’avaient pas été suffisantes pour la ramener à la vie.
Chandra n’était pas rentré en Afrique Australe depuis des années, depuis qu’il était en âge d’organiser ses propres vacances, en réalité. Il avait eu envie d’explorer des contrées inconnues avec ses amis plutôt que de revenir dans son pays natal qu’il connaissait par cœur. « Le bout du monde, tout droit vers le sud », se moquait Rav, son frère jumeau. Après eux, l’Afrique du Sud, les pingouins et l’Antarctique.
Les portes de l’avion s’ouvrirent enfin, les passagers entassés dans les couloirs avancèrent. Seulement alors, Chandra se leva, récupéra la sacoche contenant son ordinateur sous le siège avant et son sac à dos de randonnée au-dessus de sa tête, et coinça son anorak sous son bras. Une bouffée d’air chaud l’accueillit dès qu’il posa le pied sur l’escalier, et il eut aussitôt l’impression d’être entré dans un sauna. À Johannesburg, il n’avait pas quitté l’aéroport, il n’avait pas eu le temps de s’adapter au choc thermique, avec un glorieux écart de trente degrés entre l’hiver de l’hémisphère nord et la saison des pluies du tropique du Capricorne. Il monta dans le bus et se tint à côté de la porte.
C’était la première fois qu’il rentrait seul en Afrique Australe, en plus pour le travail. Journaliste depuis moins d’un an, son magazine l’avait envoyé à Polathuu pour couvrir la tension sociale qui régnait depuis les élections générales de septembre. La population estimait que tous les gouvernements s’enrichissaient à ses dépens et qu’il était enfin temps de réagir, de créer un mouvement citoyen. Malgré l’ouverture et la transparence voulue par le nouveau président, les Australafricains ne se laissaient plus faire.
Il avait beau être né ici et avoir la double nationalité, il se sentait étranger, un voyeur expédié dans un pays de la taille de la Bretagne, enclavé entre les géants sud-africain et botswanais, qui avait toujours été discret et dont on ignorait parfois même l’existence.
Le bus s’immobilisa quelques secondes plus tard. Les passagers descendirent et s’engouffrèrent dans le bâtiment climatisé. Chandra traversa rapidement le contrôle transfrontalier, la file des nationaux avançant efficacement, et sans bagages à part son sac de randonnée, il se retrouva aussitôt dans le hall des arrivées à la recherche d’une pancarte à son nom.
— Chandra Jaya ?
Il pivota sur ses talons. Une amazone métisse à l’immense crinière brune lui tendit la main, qu’il serra sans pouvoir se détourner de son regard sombre.
— Je suis Annika Kruger, se présenta-t-elle avec un sourire chaleureux.
— Enchanté.
— Lucas et Otsile sont sur le terrain, il n’y avait plus que moi. Tu as fait un bon voyage ?
— Autant que faire se peut.
— Je viens du Cap, le voyage est beaucoup moins long et il n’y a pas de choc thermique, s’amusa-t-elle en jetant un regard à son anorak.
Elle se dirigea à grandes enjambées vers la sortie, et Chandra se prépara à un nouveau souffle de chaleur en quittant l’enceinte climatisée de l’aérogare. Annika marchait rapidement, son appareil photo tenu par une lanière aux couleurs du drapeau arc-en-ciel de l’Afrique du Sud battait contre sa hanche ; son débardeur noir moulait parfaitement sa poitrine ronde et son ventre plat ; son jean laissait deviner la musculature de ses fesses et de ses jambes. Elle était…
— Je suis garée en double file, l’informa-t-elle.
Chandra lui adressa un sourire innocent et rangea ses affaires dans le coffre d’une Range Rover kaki première génération avec de grands autocollants au logo de Global Vision sur les portières.
— C’est une relique, ne put-il s’empêcher de commenter en s’installant à l’avant, du côté gauche après avoir essayé de monter côté droit.
— Tant qu’elle roule ! s’amusa Annika.
Elle boucla sa ceinture et posa son appareil photo sur ses genoux.
— Tu es d’ici, d’après ce que j’ai compris, commença-t-elle alors qu’elle quittait le parking.
— Je suis né ici, mais on est partis en France quand j’étais gamin. On revenait juste pour les vacances, alors je suis d’ici sans réellement l’être.
À sa construction, l’aéroport international se trouvait au milieu du nulle part, en pleine savane. La croissance exceptionnelle, ajoutée au boum immobilier, avait fait se rapprocher la ville. En moins de dix minutes, Chandra vit déjà les premiers quartiers, qui semblaient avoir poussé de façon totalement aléatoire.
— Ça a beaucoup changé depuis la dernière fois que tu es venu ? demanda Annika.
— Il n’y avait rien de tout ça, il y a six ans, répondit-il.
— Et ce n’est pas près de s’arrêter.
— Malgré la tension ?
— Ce ne serait pas la première fois, commenta Annika en haussant les épaules.
Il leur fallut une quarantaine de minutes pour arriver devant l’immeuble sur Liberty Avenue qui hébergeait la rédaction provisoire de Global Vision. Basé à Paris, le magazine avait plusieurs antennes sur chaque continent ; le bureau central pour l’Afrique se trouvait à Nairobi, au Kenya, et les antennes les plus proches de Polathuu étaient à Pretoria, en Afrique du Sud, et Gaborone, au Botswana. Pour l’occasion, Global Vision partageait des locaux avec d’autres journaux internationaux. Pour l’instant, ce n’était que des « troubles », ce qui n’était pas un scoop sur le continent, alors les moyens humains, financiers et logistiques, restaient minimes.
— Tu travailles à l’antenne du Cap ? questionna Chandra, alors qu’ils attendaient l’ascenseur.
— Oui, m’sieur, répondit Annika avec un sourire. On a très peu de photojournalistes titulaires sur le continent, et les rares sont concentrés dans des zones très mouvementées comme les Grands Lacs, la Corne ou le Sahel. L’agitation au sud du Capricorne tient du fait divers, alors je couvre souvent une douzaine de pays, au besoin.
Chandra siffla, admiratif.
L’ascenseur s’ouvrit sur trois journalistes qui portaient les habituels gilets multi-poches.
— Le jour s’éclaire chaque fois que je te vois ! dit un des hommes au visage aussi rouge que ses cheveux longs à Annika.
La jeune femme le détailla avec une moue désabusée, puis entra dans l’habitacle.
— Il a fallu que les Anglais nous envoient un gros lourd, grommela-t-elle, alors que les portes se refermaient sur le PRESSE écrit dans leur dos.
— Il travaille pour nous ? s’enquit Chandra.
— Non, Dieu merci. On n’est que quatre. Justin et moi, on est sudafs, Lucas et Otsile sont d’ici.
Ils arrivèrent au septième étage. Dans un grand open space, seuls des paravents avec les logos scotchés sur l’osier désignaient les zones assignées à chaque journal.
— On sent l’improvisation, hein ? se moqua Annika en avançant parmi le dédale de bureaux. On est serrés comme des sardines. Ce que tu dis de ce côté-ci, tu le liras dans un journal sudaf ou anglais le lendemain.
— Comment vous faites pour les scoops ?
— On se réunit chez Lucas ou Otsile. J’habite dans une maison d’hôtes, où tu logeras aussi dès que tu auras rencontré le boss. D’ailleurs, le voilà. Justin !
Un grand homme noir aux cheveux poivre et sel sourit en les voyant s’approcher.
— Chandra ! s’exclama-t-il en lui serrant vigoureusement la main. Après toutes ces semaines à discuter par téléphone et e-mail, ravi de te voir enfin ! Un café ? Un thé ?
— Un café serait le bienvenu.
Chandra s’assit d’un côté du bureau, alors qu’Annika s’installait dessus. Il observa cette salle de rédaction particulière, percevant la conversation à l’autre bout de la pièce. Justin lui tendit une tasse avant de s’asseoir face à lui.
— La situation est plus compliquée qu’on ne l’imagine en Europe, expliqua ce dernier. Moseki se présente comme le renouveau de l’Afrique Australe, il est le premier président à créer un gouvernement multipartite, avec des membres assez médiatiques comme Katlego et Pule et quelques autres noms sonnants de l’opposition comme les Tumelo, Brink et Ellis. Si, d’un côté, c’est un révolutionnaire, de l’autre, il tient les médias d’une main de fer depuis qu’une poignée de gens a commencé à protester devant le palais présidentiel. Et de là, la contestation s’est empirée, parce que Moseki ne peut pas être révolutionnaire tout en étant archaïque. Pour Paris, il n’y a rien de nouveau sous le soleil, ce n’est qu’une graine de dictateur africain comme une autre, alors il n’y a pas matière à augmenter les moyens mis à notre disposition. Vous allez faire équipe, tous les deux, où l’un va, l’autre suit.
— Même aux WC ? demanda Annika, innocente.
Justin ne se donna pas la peine de répondre.
— J’ai rencontré les Tumelo à Londres, lors d’une conférence sur les défis de la nouvelle génération australafricaine, dit Chandra sans cacher son sourire amusé. Isaac sait que je viens.
— Après une forte couverture médiatique, les nouvelles têtes du gouvernement se sont tues, ils n’acceptent plus les interviews de qui que ce soit. Si tu parviens à obtenir une déclaration, même de trois lignes, ce sera déjà bien plus que tous les autres journaux.
— Je vais voir ce que je peux faire.
Justin lui donna le kit du journaliste en Afrique Australe : ses accréditations, un gilet avec PRESSE sur le dos, un modem 3G, une lampe torche, une carte SIM et cent dollars américains à échanger pour des dollars australafricains. Ensuite, Annika le conduisit à la maison d’hôtes. Cela donnerait à Chandra le temps de se reposer, les quinze heures de voyage commençaient à se faire sentir. Lindiwe, la propriétaire, lui prépara le petit déjeuner et Annika repartit à la rédaction. Rassasié, Chandra monta dans sa chambre et appela ses parents.
— Chandrakant ! s’écria sa mère. Je commençais à m’inquiéter, tu étais supposé arriver à 7 heures, non ? Il est 9 heures !
— J’étais à la rédaction, répondit-il en se déchaussant. J’ai rencontré le directeur de publication de l’antenne de Pretoria et la photographe. Maintenant, je suis dans la maison d’hôtes, j’ai petit-déjeuné et je vais dormir quelques heures.
— Alors ?
— De ce que j’ai vu en voiture, ça a pas mal changé, mais j’en saurai plus cet après-midi.
— Tu fais attention, hein ?
— Ça va, maman.
— Tu as vingt-deux ans, ce n’est pas l’âge pour devenir reporter de guerre ! insista Lina.
Garder les yeux ouverts lui demandait déjà assez d’efforts.
— Je ne suis pas reporter de guerre, je ne suis pas plus en danger que si j’étais en Grèce, argumenta-t-il. Il faut que je dorme, maman.
— Appelle-moi ce soir.
Il pouffa d’incrédulité.
— Sérieux ?
— Bien sûr que je suis sérieuse !
— Maman, je vais dormir. Bye.
Il raccrocha et s’endormit aussitôt.
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Bonne lecture,




