Je ne savais pas que c'était de la romance
Je ne savais pas que c'était de la romance
Je suis lectrice de romance.
Autrice de romance.
Et éditrice de romance.
Sans les uns, je ne serais pas les autres.
J'ai découvert la romance à Luanda sans savoir que c'en était alors que j'étais au collège. Je trafiquais des Harlequin en portugais avec la mère de mes voisins du 7e étage et des Nous Deux en français avec la secrétaire de l'école secondaire.
Puis, en vivant à Lisbonne, j'ai découvert que les Harlequin étaient en vente libre dans les kiosks à journaux des terminaux fluviaux quand je devais traverser le Tage pour me rendre au lycée.
Puis à Johannesburg, j'ai découvert Mills and Boons en anglais au supermarché.
Puis en arrivant à Montpellier, j'avais des Harlequin dans les Relay aux deux étages de la gare que je devais traverser pour me rendre à la fac.
J'ai rarement terminé une lecture obligatoire de toute ma scolarité, même en ayant fait un Bac L (sans commentaires), mais jamais je n'ai posé une romance sans l'avoir terminée.
Et je ne connaissais toujours pas le nom de ce genre qui me faisait vibrer, mais je savais que c'était celui que je préférais quand je lisais de la littérature générale et il n'y avait pas d'histoire d'amour, pas même en sous-intrigue, pas même un tout petit bout pour faire semblant.
Quand j'ai commencé à écrire mes propres histoires, autres que les rédactions demandées en cours, les histoires d'amour n'étaient peut-être pas centrales parce que j'étais gamine et naïve et je n'avais aucun exemple de couple (sain) dans mon entourage pour m'en inspirer.
Mais j'imitais. Je calquais ce que je lisais.
Les premiers romans que j'ai terminés étaient de la romance. Un mariage arrangé royal. Une garde du corps et le père de sa protégée. Un mariage arrangé (bis) sous fond de vengeance et groupes rivaux (on dirait de la mafia, mais nope).
Mais je ne savais toujours pas que c'était de la romance !
Quand j'ai pensé soumettre mes romans, pourtant, je voyais que les ME que je visais (Saint-Germain-des-Près be like) ne faisaient pas forcément dans l'amour, mais de la littérature générale, donc c'est vers là que je me suis dirigée. Ça pouvait bien se terminer (parfois), avec une possible histoire d'amour (parfois), mais je me suis détournée de la romance pour entrer dans le moule (sans même m'en apercevoir, après tout, je ne connaissais toujours pas le genre !).
J'ai passé ma certification de correctrice-relectrice par défaut : mes études ne me menaient nulle part, je ne voulais pas être psychologue, je ne savais pas ce que je devais faire de ma vie, mais je me suis dit que travailler dans l'édition me mènerait quelque part, ce n'était qu'un an. En rentrant en Angola, j'ai commencé à travailler pour une ME française parce que je voulais garder le lien avec la France et je prévoyais de revenir.
Pendant un moment, j'écrivais de la fantasy et de la littérature générale, et une amie a lu un de mes manuscrits et m'a dit « tu devrais soumettre à telle ME de romance ». Je n'étais même pas au courant que c'était de la romance, ça se terminait juste bien ! XD
En y pensant, je comprends pourquoi je ne me disais que ce n'était pas de la romance.
Parce qu'il y a une différence notoire entre la romance formattée de chez Harlequin et Nous Deux, et la romance contemporaine, où les personnages et situations sont beaucoup plus travaillées, tout a plus de profondeur. Mais moi, cette profondeur, je ne la lisais qu'en littérature générale. Je n'avais pas encore découvert le merveilleux monde de la romance moderne qui vient avec les intrigues des séries formattées et la psychologie de la littérature générale.
Ce sont deux mondes à part dans un même univers : un format léger et rapide à lire / consommer, et un format plus dense, plus émotionnel. Deux formats pour des envies différentes, pour des moments différents.
Et je n'avais aucune idée que cette richesse de choix existait !
À partir de ce moment, j'ai appris le nom du genre et il ne m'a plus jamais (re)quitté.
Je suis devenue éditrice après 10 ans d'expérience en ME.
Je suis devenue correctrice parce que je voulais travailler dans l'édition.
Je voulais l'édition parce que j'étais romancière et je voulais avoir un pied dedans.
Je suis devenue romancière parce que j'avais trop d'idées en tête.
J'avais trop d'idées en tête parce que j'étais une grande lectrice de romance.
Même sans savoir que c'était de la romance.
Je n'aurais pas été éditrice sans être romancière.
Je n'aurais pas été romancière sans être lectrice.
Et les trois facettes de ma vie n'existeraient pas sans les autres.
Aujourd'hui, je suis Jo Ann von Haff, lectrice de romance, autrice de romance et éditrice de romance.



