💌 Je ne serais pas moi sans la romance
Et je la défendrai bec et ongles
Un jour, à 16 ans, mon père a découvert un roman abandonné à bord du bateau qui l’emmenait en métropole. Il a lu le roman, et en débarquant au Portugal, il a oublié le livre à son tour. Il avait retenu deux choses : le titre (et l’auteur) et un prénom. Jo Ann.
C’était (doublement) écrit que mon prénom reviendrait dans un livre.
Mieux : sur sa couverture.
Je suis Jo Ann von Haff, lectrice, autrice et éditrice de romance.
Je suis née en Angola et à mes 19 ans, j’avais vécu dans 5 pays, 3 continents et appris 4 langues.
Je suis arrivée en France pour mes études de psychologie, et dans mes bagages, trois ébauches de passions qui allaient devenir toute ma vie : lire, écrire et la romance.
Mon prénom est sorti d’un livre, mais ironie du sort, gamine, je détestais lire. Je voyais les livres comme des objets sans vie qui prenaient de la place. Je préférais regarder la télé (génération X-Men) et jouer à la Barbie et Christie.
Malheureusement pour moi, alors que j’étais en 6e, j’ai eu une mauvaise moyenne en biologie et j’ai été punie : pas de télé pendant tout le trimestre. Les livres que j’avais reçus pour le 1er juin, le jour de l’enfant au Portugal l’année précédente, et qui attendaient depuis sur ma commode (des MOIS !), ont commencé à me faire de l’œil.
Un ami de mon père avait choisi pour moi des classiques de la littérature jeunesse internationale et portugaise. J’ai lu Le Club des cinq, mais j’ai vraiment été happée par la collection Uma Aventura d’Ana Maria Magalhães et Isabel Alçada, deux institutrices qui se sont lancées dans leur propre version du club des cinq (deux jumelles et trois garçons, plus leurs chiens) dans une série qui dure depuis 1982 et dont le 70e tome sort en 2027.
Cette série a changé ma vie. J’ai commencé à dévorer des livres et des années plus tard, j’ai commencé à en offrir à mes nièces et neveux.
Puis un jour, je suis passée de la littérature jeunesse aux Harlequin (en portugais) et Nous deux (en français) sans transition, sans passer par la case départ.
J’ai beau fouiller dans mes souvenirs, je ne sais pas comment je me suis retrouvée à échanger des Harlequin avec la mère de mes voisins du 7e étage, et des Nous deux avec la secrétaire de l’école secondaire. Je sais juste qu’en 4e, de retour en Angola, mes lectures ont fait un bond inespéré et pas du tout contrôlé malgré les DEUX FEMMES ADULTES qui me fournissaient.
J’ai découvert un monde qui m’était jusque-là inconnu : celui des sentiments et des relations. Je viens d’une famille conservatrice, d’une culture conservatrice et d’un pays conservateur. On ne parle (parlait) pas d’amour ou de relation ou de sentiments et encore moins de sexualité. Ce n’était pas tabou : pour que ce le soit, il faut savoir que ça existe, et pour moi (nous, de ma génération), ça n’existait tout simplement pas. On ne voyait pas nos parents s’aimer, discuter, rire, être un couple. De l’extérieur, ils étaient des colocataires qui se partageaient des enfants. Et si on n’avait pas eu des cours de reproduction, on se demanderait si on était le fruit de l’immaculée conception.
C’est par la romance que j’ai appris l’amour.
Et c’est pour cette raison que je suis si vocale en ce qui concerne la responsabilité des autrices de romance.
Entre les livres, les films, les séries (et le porno, soyons réalistes), l’éducation sentimentale et sexuelle est faite par la fiction pour BEAUCOUP de lectrices (et lecteurs).
Avec tous les défauts qu’on peut trouver dans les Harlequin d’il y a 30 ans (je n’en ai pas lu depuis au moins dix ans pour parler d’aujourd’hui), c’est là que j’ai appris que dans une relation, on communiquait, que la confiance était reine, que la sexualité était plus que juste la survie de l’espèce.
J’ai dévoré des Harlequin et des Nous deux sans modération tout le long du collège, puis du lycée, puis de la fac.
Quand j’ai commencé à écrire mes propres histoires (en 4e), c’est tout naturellement que je me dirigeais vers la romance. Mon premier roman terminé en 2de, écrit sur un cahier A4 Clairefontaine petits carreaux et couverture bleue, avec un milieu, un début et une fin, était une romance pur jus, un mariage arrangé royal.
Mon deuxième roman était une garde du corps et le père de sa protégée.
Mon troisième roman était un mariage arrangé sous fond de vengeance.
Mais, petit détail : j’ai lu de la romance pendant plus de 15 ans sans savoir que c’était de la romance.
On n’en parlait pas. Si ce n’était pas Le Rouge et le Noir ou Le Hobbit ou Les Châtiments, ça n’avait pas de place en cours et je n’avais aucune idée de ce que c’était. Je reconnaissais juste les codes, même inconsciemment. Je savais que ça se terminait bien (sans forcément mettre les mots dessus), et quand je lisais autre type de littérature (du temps de la fac à Montpellier, quand j’avais des Fnac entières à ma disposition), avec des fins qui n’étaient pas « il + elle = ♥ », j’étais déçue. Quand je lisais un autre type de littérature et les protagonistes ne développaient même pas une étincelle, j’étais déçue.
Il y a des exceptions à ce cas de figure, avec des romancières comme Sharon Maas et Tamara McKinley, mais sans même connaître les noms et les mots, je reconnaissais les codes et les recherchais activement.
Malheureusement, dans les années 2000, on ne trouvait pas de la romance dans les librairies ou les Fnac. Ce n’est pas qu’elles n’existaient pas, mais on n’en trouvait que dans les grandes surfaces ou les Relay dans ce format poche reconnaissable (Harlequin, Aventures et Passions…), ou alors, elles étaient vendues sous l’étiquette de littérature générale (façon Marc Levy ou Guillaume Musso). Si je voulais être sûre de ma lecture, je n’avais pas le choix que les grandes surfaces ou les Relay.
Au fur et à mesure que je diversifiais ma lecture (par défaut, puis par envie), mon écriture a évolué également. Mes histoires n’étaient plus le calque Harlequin, j’écrivais de la romance, oui, mais croisée avec la littérature générale.
En vrai, je n’inventais rien, je ne savais juste pas que je m’étais lancée dans de la romance contemporaine. J’agissais à l’instinct, avec l’envie de profondeur tout en ayant les étincelles et le happy ever after que je chérissais tant.
Ce n’est que dans les années 2010 que j’ai enfin eu le nom de ce genre que j’apprécie tant, que je défends tant, bec et ongles.
Plus que de l’évasion et les sentiments heureux, la romance est la porte ouverte vers un monde et des milliers d’univers.
Par la romance, j’ai appris l’amour.
Les relations saines.
La sexualité responsable.
La sexualité tout court.
La communication.
Par la romance, j’ai voyagé.
Découvert des cultures.
Des styles de vie.
Des religions.
Des philosophies.
Par la romance, je suis devenue femme.
Plus mature.
Plus ambitieuse.
Plus libre.
Plus alignée avec moi-même.
Plus consciente de ce que je suis et de qui je suis.
Et je suis qui je suis grâce à la romance.
Et jamais je ne cesserai de la défendre.
Telle qu’elle est.
Avec ses défauts et surtout, surtout, ses qualités.



