Les mots d'Abbie touchent toujours
Elle rêvait de l'épouser, mais l'épouser est loin d'être un rêve...
Je m’appelle Abbie et j’ai un secret.
On m’appelle la Petite Anglaise, mais en réalité, je suis une Africaine blanche, réfugiée à Paris depuis 9 ans. À part mon entourage, personne ne connaît mon histoire.
Quand j’étais ado, la guerre a éclaté chez moi et j’ai tout perdu. Tout. Avec les accords de paix, je vais devoir rentrer au bout du monde après la fin de mes études. Mais je ne veux pas. Je ne peux pas.
La seule solution ?
Le mariage blanc.
J’épouserai Chandra, le séduisant journaliste qui a sauvé ma vie et celle de ma meilleure amie.
Ce qu’il ne sait pas ? C’est que je suis amoureuse de lui depuis toutes ces années.
J’avais rêvé de l’épouser, mais l’épouser est loin d'être un rêve...
Un reporter cynique et une étudiante sensible que tout oppose : un mariage arrangé sous les meilleurs auspices.
La première chose qui me vient à l’esprit quand je pense à Abbie et à Chandra, c’est à quel point ils sont le jour et la nuit.
Chandra est journaliste, reporter de guerre. Il ne jure que par la vérité et quand il est face à une situation, il creuse jusqu’à trouver du pétrole. Il est devenu cynique avec les années, il n’a aucun tact, aucun sens de la diplomatie. Il dit ce qu’il pense et aux autres de gérer. Il est tempête, il est torrent, il est mauvais pour le cœur de sa mère.
Mais Abbie… Abbie est tout l’opposé. Elle est okay avec la vérité pourvu que ce ne soit pas une qui concerne son passé et l’Afrique Australe. Elle veut tellement cacher cette réalité qu’elle ne corrige personne quand on la pense Anglaise (ce qui frustre Chandra). Elle est douce, réfléchie, prudente, silencieuse. Elle est vulnérable et forte à la fois, mais sa façon de protéger est juste autre. Elle est la source, elle est le calme, elle est tout ce que Chandra n’est pas.
Parce qu’ils sont tellement différents, ils ne s’entendent pas. Ils clashent régulièrement, se vannent souvent, la communication est au top, entre ces deux-là, un bon mariage en vue. XD
Mais il y a des moments où ils arrivent à parler. Du moins un peu, avant que ça ne reparte en cacahuètes, et une des conversations est à propos des mots. Pour rappel, Chandra est journaliste et écrivain, donc les mots sont son gagne-pain. Puis arrive Abbie, future productrice de reportages, qui déclarent que les mots n’ont pas de poids…
Ça commence comme ça (point de vue de Chandra) :
— Pourquoi [tu aimes faire des vidéos] ?
— Pourquoi tu écris encore sur un pays dont personne ne veut entendre parler ?
— Parce qu’il faut que quelqu’un s’y intéresse, je crois.
— Les gens disent que les écrits restent, mais c’est faux, dit Abbie en fermant son ordinateur.
— Je ne suis pas tout à fait d’accord, refusé-je, sourcils froncés.
— Même si on se souvient d’un texte, à la fin, on n’a pas les mots exacts. Et on ne peut pas restaurer les mots, juste garder leur sens. Sinon, Alexandrie n’aurait jamais été une tragédie.
— Point pour toi, admets-je, songeur.
— Quand un texte nous émeut, on se souvient de ce qu’on a ressenti. C’est ça, qui reste. Alors que les images…
— Elles nous restent telles quelles.
— Voilà, termine-t-elle en haussant les épaules. Je vais aller me coucher. Bonne nuit, Chandra.
— Bonne nuit, Abbie.
Elle se lève, ramasse son ordinateur et s’en va dans le couloir en refermant derrière elle.
Ses mots restent.
En tant que romancière, ça peut être étonnant, mais je suis du côté d’Abbie. Les mots ne restent pas tels quels, à moins que ce soit une citation ou un poème qu’on apprend par cœur. Il y a des mots qui font mal, qui bouleversent, mais quand on lit, on a les scènes, les émotions, on a le film qu’on s’est fait dans la tête.
En tant qu’éditrice aussi, je répète assez souvent que les mots, le texte en soi, n’est pas important. L’histoire qu’on raconte si.
Les jours qui suivent, j’observe Abbie, je ne peux pas m’en empêcher. Ses mots me sont restés et tournent dans mon esprit. J’écris. C’est mon travail, je ne sais rien faire d’autre. Je ne suis pas un idéaliste, je sais que ce que j’écris n’intéresse qu’un nombre très limité de personnes dans le monde, mais laisser des traces a toujours fait partie des raisons pour lesquelles je suis devenu journaliste.
— Est-ce que ça veut dire que, pour toi, le journalisme est inutile ? demandé-je à Abbie, au petit déjeuner.
Abbie me dévisage, un sourcil arqué, la bouche pleine des pancakes qu’elle a préparés. Très bons, au passage, surtout avec de la glace fondue. Petit déjeuner très équilibré et exemple parfait pour mon fils. Annika sera fière du résultat.
— Qu’est-ce que j’ai dit qui te fait croire ça ? s’étonne-t-elle.
— Les mots ne restent pas.
— Ce n’est pas le plus important.
— Autant aller pointer à Pôle Emploi, alors.
Elle me fixe, perplexe, puis se met à rire.
— Tu es sérieux ? s’amuse-t-elle.
— Je pose la question.
— Ce ne sont pas les mots, mais l’information. Je ne sais pas ce que tu écris, parce que je ne lis pas les infos, mais je sais ce que tu dis. Ton message passe.
— Si tu ne me lis pas, comment le sais-tu ?
— Parce que tu es toi et que j’ai la chance, ou la malchance, de te côtoyer.
— Je ne sais pas ce qui me vexe le plus, la malchance ou le fait que tu ne me lises pas.
— Comme si tu étais surpris.
— Pour la malchance ? Absolument.
Après ces deux moments, Chandra prête beaucoup plus attention aux mots d’Abbie.
Abbie ne devrait pas faire des vidéos, elle devrait écrire. Ses mots sont comme une torture chinoise, de petites coupures en apparence bénignes. Bout à bout, elles font un mal de chien. Et ils restent. Ses mots à elle restent.
Je pense sincèrement que « Promesses du bout du monde » est un de mes meilleurs romans.
Avec lui, mon écriture a pris un tournant, a fait un plongeon dans les mammouths, du slow burn entre deux personnes qui ne se comprennent pas, mais qui s’aiment quand même.
Un peu.
Beaucoup.
À la folie.
Et j’espère que tu l’aimeras aussi.
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Si tu l’as déjà lu, et que tu as aimé, j’apprécierai les étoiles et commentaires sur les plates-formes de vente et de lecture.
Bonne lecture ,



