Ma langue est barbare, mais c'est la mienne
Je suis angolaise. (Luso-angolaise, mais je suis angolaise depuis bien plus longtemps que je ne suis portugaise. 🙃)
J'ai fait toute ma scolarité dans le système français à l'étranger.
À 3 ans, je parlais trois langues.
J'ai vécu dans 5 pays et sur 3 continents.
En France, j'ai vécu à Montpellier, dans les Alpes, dans les Pyrénées, à Paris et maintenant à Caen-la-Mer.
J'ai eu des amis de dizaines de nationalités.
Mon accent est tofu, il aspire celui de mes interlocuteurs.
Pas dit que je parle parfaitement cet accent, mais il y a des oscillations et j'adopte les expressions (j'adoooore les expressions).
Tout ça pour dire que parfois, quand je parle dans une langue, j'utilise un mot ou une expression qui est très régionale et je n'en ai aucune idée !
Je vais te sortir un « c'est la cerise sur le sundae » avec autant de normalité qu'un « ça m'espante ».
Mon français est barbare, la syntaxe est bancale, mais mon accent (je pense) est plutôt générique.
On entend que j'ai un accent, mais on ne sait pas exactement d'où il vient (moi non plus, ma sœur).
Mon portugais est angolais, on entend bien que je suis angolaise, mais il a des influences portugaises, et je jette des expressions brésiliennes parce que j'ai grandi avec la culture brésilienne (comme tous les Angolais que je connais). Mon anglais, par contre... eh boy.
Mon accent en anglais est générique, mais générique d'Afrique du Sud (je penche plutôt pour les Sud-Africains anglais), j'écris à l'anglaise (parce que système français, eh) avec des termes purement américains (je lis beaucoup trop de romancières américaines pour le coup).
Je n'arrive plus à faire la distinction entre ce qui est américain et ce qui est britannique. Je dis pajamas (US) et underground (UK) dans la même phrase, et just deal with it.
Et comme j'adore les expressions idiomatiques et que je les adopte et les utilise, on me verra écrire ou même m'exclamer de vive voix “eish wena!” (zoulou), “oy vay!” (yiddish), “eita!” (brésilien), “ewé!” (angolais) (toutes ces expressions veulent dire la même chose 😁).
Avec ma fratrie, nos conversations c'est de l'espéranto. Ce n'est pas juste l'échange qui se fait en plusieurs langues, ce sont les phrases elles-mêmes, comme «eu gosto beaucoup de banana because n'a pas de caroço».
Ma langue est barbare et pendant longtemps, j'en ai eu honte.
J'étais embarrassée de ne rien maîtriser, de toujours mélanger mes syntaxes, de toujours chercher des mots aussi simples que chaise.
Mais j'ai appris à faire avec, j'ai appris à assumer.
Ma langue est le fruit de mon vécu, est la somme des personnes que j'ai connues, et j'ai décidé que ce n'était pas embarrassant, c'est une richesse.
La mienne.
J'accepte qu'on me corrige (à l'oral) et tous mes romans sont corrigés.
Mais parfois des barbarismes subsistent et... t'sais quoi ?
Même si ce n'est pas toujours voulu, même si parfois ça peut sonner étrange à ton oreille, c'est ma plume.
C'est ma voix.
C'est moi.
Et j'espère qu'en lisant mes histoires, tu te rendes compte que ce n'est pas du français 100 % de France, mais c'est un français 100 % de cœur.
Je suis Jo Ann von Haff, je suis lectrice, autrice et éditrice de romance luso-angolaise en Normandie.
Et ma langue me représente.


